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Naissances d’Anna-Magdalena, Samuel, Mélissa

Par Marie - mariedouiller(arobase)aliceadsl.fr


1.  Naissance d’Anna-Magdalena Myriam le 5 octobre 1995 à 15h40

(Février 2006)

Après 10 années, un autre enfant (2005) et beaucoup de questionnements, je vais essayer d’écrire ce qui s’est passé pour la naissance de ma fille Anna et pendant la grossesse. Avec sûrement quelques oublis ou imprécisions… Dix ans c’est long ! Plus les effets de quelques hormones euphorisantes et “amnésiantes”.

En 1995 je suis enceinte de mon premier enfant, je n’ai que 22 ans et suis quasiment déjà séparée du futur papa à 7 mois de grossesse. C’est une petite fille qui arrive, elle se manifeste très fort à moi déjà 3 mois avant la conception, et les jours entourant la conception sont de la pure magie : elle “habite” la maison avec nous avec une force peu commune.

Malgré la situation très vite devenue catastrophique avec le futur père et ma situation matérielle précaire, je n’envisage pas une seconde d’avorter, tant la présence de cet enfant est forte.

Des saignements abondants autour de la date habituelle des règles (1,5 mois de grossesse) me font me précipiter aux urgences à minuit. Je dis que je suis enceinte et que je saigne beaucoup. Mais je n’ai encore fait aucun test, et donc le médecin me rétorque : “Mais comment pouvez-vous être sûre que vous êtes enceinte ?”. Je le sais, c’est tout, mais ma réponse ne semble pas le satisfaire. Finalement on me garde la nuit après une prise de sang règlementaire. Les saignements s’arrêtent, et au petit matin une gentille infirmière vient m’annoncer que oui, effectivement, je suis enceinte. Je crois qu’elle me demande si je suis contente, elle a les yeux qui brillent… J’ai l’impression qu’elle m’envie un peu.

Je vais faire un nombre énorme d’échographies, au moins 6 ou 7, juste comme ça, sans raisons médicales précises, juste parce que les médecins rencontrés la proposent et que je ne vois pas de raisons de refuser. Je suis jeune, seule, et je ne pense pas une seconde à me rebiffer.

J’apprendrai bien plus tard que les bébés qui ont subi beaucoup d’échographies sont souvent de petits poids, et ma fille ne pesait que 2,420 kg… Née 3 semaines avant terme et avec une toxémie gravidique forte chez moi, ce qui a eu aussi certainement une influence sur son poids.

Je vais passer la fin de ma grossesse chez ma mère, loin du futur père devenu entretemps franchement violent. La copine d’une copine me donne les coordonnées d’une sage-femme un peu alternative sur L. Elle accompagne des accouchements à domicile (AAD) et surtout, ce qui m’intéresse, des accouchements aquatiques dans une petite maternité. C’est à une heure de voiture de chez ma mère, c’est jouable. J’ai laissé tomber dès le début la maternité la plus proche, 20 minutes, après le récit d’accouchement digne d’un film d’horreur d’une de mes amie… Je résume : elle avait très très mal en position allongée… Alors, logique, elle voulait rester debout ou accroupie. Mais le toubib, furieux, lui ordonne de se recoucher… Elle se relève, à nouveau foudroyée par la douleur. Finalement, apres quelques tentatives de sa part et le ton de voix qui montait, il l’a purement et simplement endormie de force… et le petit est né avec sa maman encore endormie. Pour finir, 2 ou 3 jours après, on lui amène le matin (oui oui ça existe encore des hôpitaux où les bébés sont séparés la nuit de leur maman !) un bébé qui n’est pas le sien pour la tétée. Exit !

Je suis encore assez soumise aux diktats hospitaliers, mais je sais déjà que je refuse une hypermédicalisation de mon accouchement. Et la péridurale, je n’en veux pas ! Mais je suis tellement réactive à la douleur, de sorte que je me dis qu’accoucher dans l’eau est ma seule alternative. La fameuse sage-femme, R., est une merveille de douceur et de présence, et c’est la seule, en 9 mois, qui dira bonjour aussi à mon bébé quand je rentre dans son cabinet. Je me sens très à l’aise avec elle et je vais la voir deux ou trois fois à la fin de ma grossesse. Également je visite la petite maternité où elle travaille, surtout la salle de naissance aquatique, où on s’assoit ensemble pour parler… L’accouchement est donc prévu là, dans une vraie petite piscine d’accouchement, très bien conçue.

Je fais des séances de préparation, plus près de chez moi, avec une sage-femme libérale qui travaille en piscine. Ce n’est pas renversant d’originalité, ce qu’elle fait, mais ça me fait une occasion de détente et de plaisir dans l’eau.

Toutefois, environ 4 semaines avant le terme, un sérieux problème pointe le bout de son nez : une toxémie gravidique forte, avec une tension qui grimpe l’Everest et un taux d’albumine urinaire qui dépasse les 6g/litre. Ce taux fait bondir l’obstétricienne de la maternité, qui m’annonce par téléphone qu’il faudra très probablement déclencher l’accouchement assez rapidement… On est lundi matin. Paniquée, je passe des heures au téléphone en essayant de découvrir un moyen “doux” de déclencher l’accouchement… Mon dernier espoir, un médecin chinois, me conseille d’obéir bien gentiment - lui il ne peut soi-disant rien pour moi avec ses aiguilles. Finalement, un “guérisseur” auquel je parle par téléphone, à plus de 800 km de chez moi, me calme en me disant que ma fille va bien (et, comment il sait que c’est une fille ?), que l’accouchement va bien se passer, mais que mes reins sont bloqués… par manque d’eau tout simplement ! Quand j’en parlerai à la sage-femme des cours de préparation, elle me dira : “Non, non, ça n’a rien à voir, vous pouvez bien manger ou boire ce que vous voulez…” Je bois au moins 3 ou 4 litres dans l’après-midi et la nuit suivante, et bizarrement je mange depuis une semaine 1 ou 2 ananas entiers par jour, moi qui normalement ne supporte que 2 ou 3 tranches.

Le lendemain je vais voir la sage-femme des cours, qui après un examen m’annonce un col ouvert a 2 cm et un bébé en bon état. Je rentre chez moi.

De nouveau, le jour suivant, mercredi, je vais la voir, l’obstétricienne ayant demandé ce suivi journalier. 1 cm de plus pour le col, mais toujours pas de contractions dignes de ce nom… ou je ne les identifie pas comme telles ! Je rentre encore chez moi.

Ça fait au moins 8 semaines que ma grand-mère me dit à chacune de mes visites : “Alors, ça y est, tu as préparé ta valise et celle du bébé pour la maternité ?” Et chaque fois je réponds : “Euh, ben non, pas encore…” Dans la soirée du mercredi une amie de ma mère vient me faire un massage… C’est délicieux ! Je vais me coucher juste après pour me réveiller vers 2h00 du matin. Je me lève, tourne un peu en rond dans la maison. Ma mère, aussi reveillée, me demande pourquoi je ne dors pas. Oh, la petite bouge beaucoup… En fait, sûrement les premières contractions, que je ne reconnais pas. Merci le massage ! Et me voilà, à 3h00 du mat’, en train de préparer les fameuses valises ! Ensuite je vais dormir encore un peu.

Le matin, la sage-femme vient à domicile, m’annonce 4 cm et des contractions assez régulières. Elle me conseille de partir à la maternité. Mais, au fait, comment vais-je y aller ? Ma mère n’a pas le permis… Et moi il paraît que je suis en train d’accoucher ! La fameuse copine qui a accouché là téléphone justement ce matin. Chouette, elle part dans une heure pour L. et propose immédiatement de venir nous chercher. Avant de partir, la sage-femme me dit : “Oh, dans la voiture les contractions vont bien s’intensifier !”

Elle me fait un peu peur, mais le voyage est bien calme. On arrive à la maternité vers midi, ma mère m’accompagne. Et nous voilà dans le hall d’entrée, moi portant les fameuses valises. Je m’annonce, mais vu que je n’ai pas vraiment l’air d’accoucher on me fait attendre longtemps, peut-être pas loin de 2 heures. Toutes les 5 minutes une sage-femme passe en courant, manifestement très stressée, et chaque fois elles me disent : “On arrive, on va s’occuper de vous !” Adrénaline adrénaline ! Le point c’est que j’ai 3 bonnes semaines d’avance sur le terme, et ma chère sage-femme R. est absente pour quelques jours…

Pas de chance.

On vient finalement me chercher, une petite sage-femme fait un examen rapide… et pique une véritable crise en constatant que je suis presque à dilatation complète ! (Ben non, moi je ne m’en doutais pas, je commençais bien à les sentir les contractions, mais de là à être à complète ! Pas de douleur non plus… Je sais, je vais faire des jalouses !) C’est la panique totale, elle court chercher un médecin, une obstétricienne que je n’ai jamais vue et qui entre sans se présenter ni dire bonjour… Ça commence mal ! J’ai quand même précisé que je souhaitais accoucher dans l’eau. Elle s’apprête à faire un nouvel examen, je suis un peu “shootée” avec mes propres hormones, mais je lui demande quand même ce qu’elle veut faire. Elle me répond qu’elle va percer la poche des eaux… Ah ? Et pourquoi ? Réponse : “Vous voulez accoucher dans l’eau, et dans l’eau on ne peut plus utiliser le monitoring. Or on veut avoir un enregistrement du rythme cardiaque du bébé avec la poche rompue…” Alors, la voilà qui perce la poche. Et moi qui me promenais doucement et délicatement, sans souffrir du tout, je me mets à crier très fort à la contraction suivante, d’un seul coup la douleur est devenue terrible. Je ne peux même plus marcher et c’est en fauteuil roulant que l’on m’emmène en salle de naissance. Le bruit de l’eau qui coule dans la grande baignoire accélère encore les choses… Mais on me refuse l’entrée dans l’eau !

D’abord, s’allonger sur la table de naissance “classique” installée dans un coin pour trouver une veine et ouvrir une voie. Il paraît que c’est obligatoire ! Oui mais voilà, avec ma toxémie et mon oedème associé, impossible de trouver une veine et de la piquer correctement, toutes les infirmières de l’hôpital vont essayer de me piquer, à droite, à gauche… sans succès, sauf celui de me laisser avec des hématomes terribles pendant des semaines, remontant jusqu’aux épaules.

Je sens ma petite qui descend, je me met à hurler pour qu’ils me laissent enfin aller dans l’eau. Enfin ils lâchent, tant pis pour la voie veineuse… Une fois dans l’eau ma fille naît en 3 ou 4 contractions terribles. Ouf, sans épisiotomie ! Au milieu de tout ce fouillis une sage-femme vient me dire : “Votre mère souhaite entrer”. Ouf, j’ai refusé, elle est entrée après la naissance… Mais ça, c’est une autre histoire ! Je crois qu’il y avait une sage-femme dans l’eau qui me tenait par derrière et au moins 3 personnes devant moi. Ma fille, attrapée par l’obstétricienne, est immédiatement emmenée hors de ma vue. J’ais juste le temps de dire : “Qu’est ce qu’elle est belle !” Mais elle était très bleue et ils l’ont emmenée pour lui donner de l’oxygène… (Utile ? Ou non ?)

Complètement morte de soif, je réclame à boire… Réponse classique : pas avant deux heures ! Moi, dès que personne ne me regarde j’avale quelques gorgées du bassin dans lequel je suis encore… On peut bien imaginer dans quel état se trouvait l’eau, et l’intensité de ma soif pour que je ne sois pas dégoûtée de la boire ! Quand j’y repense, c’est totalement fou, ça, que l’on se laisse interdire par quelqu’un d’autre de boire lorsqu’on a soif !

Ma fille enfin ramenée, on me la donne, avec une couche ! que j’enlève immédiatement. Et là, couchée contre mon sein, elle a les yeux grands ouverts et me fixe avec beaucoup d’attention. Elle est très présente, elle m’intimide un peu même… Avec 46 cms et 2,420 kg, on peut dire que l’intensité de la présence n’est pas proportionnelle au nombre de kilos pesés !

Je ne me souviens pas de la délivrance, en tout cas on ne m’a rien injecté dans le bras. Par contre je saignais pas mal, avec une grande déchirure intérieure, dans le sens opposé à celui d’une épisiotomie en fait. Alors, la petite Anna dans les bras de ma mère, on m’a emmenée pour me recoudre - toujours l’“affreuse” obstétricienne. Les heures après sont très floues, j’ai commencé à allaiter ma fille.

Je suis restée 5 jours, je voulais bien rentrer plus tôt mais le taux d’albumine baissait lentement et le médecin voulait me garder encore un peu. Tous les matins, au moment du sacro-saint bain des nourrissons, l’auxiliaire de puériculture faisait ingurgiter une dose de vitamine synthétique (D ou K, je ne me souviens plus) à chaque bébé. Le 3e jour je refuse cela pour ma fille, le pédiatre a piqué une vrai crise avec ça ! Et ils la piquaient sans arrêt au pied - “ Oui, vous comprenez, elle est très petite, on veut surveiller sa glycémie ”…

Et celle-ci qui entre dans ma chambre pendant une courte absence de moi-même. Je la trouve avec ma fille dans les bras et un affreux biberon rempli d’un infâme liquide blanc pompeusement appelé “lait maternisé”. Moi, franchement choquée, je lui demande ce qu’elle fabrique là avec mon bébé ! “Elle est si petite, on voulait lui donner un peu de lait en attendant votre montée de lait… Mais elle n’en veut pas !” Et effectivement, la petite fait un mouvement de lèvres tout à fait contraire à celui qu’elle fait quand elle prend mon sein… Non mais !

Le matin de mon départ, R. vient me voir un moment. Je lui raconte ce que j’ai vécu… et elle est franchement furieuse. Elle me dit qu’il y a un monitoring aquatique et que l’obstétricienne m’a raconté des salades. Mais pourquoi ?

Oh, par interventionisme délibéré. Mon accouchement était trop simple, trop facile… (C’est moi qui le dis.) Quoi !?!? Dix ans d’études pour, finalement, juste laisser une femme accoucher par elle même ? Ah non, pas question, au moins trouver quelque chose à faire… Mais il n’y avait RIEN à faire, le bébé allait arriver dans quelques minutes… coiffé ! Alors il n’y avait plus que ça à faire pour cette malheureuse femme, au moins elle allait servir à quelque chose, pour sentir pendant un moment l’illusion de son utilité et de son pouvoir… ou plutôt pour ne pas sentir SES émotions et SES douleurs intérieurs… Percer la poche, quelle victoire !

En résumé, tout s’est parfaitement bien passé jusqu’a ce qu’un médecin me touche ! Dix ans plus tard, c’est cette simple constatation qui va guider une bonne partie de notre réflexion, à moi et à mon nouveau compagnon. Oui, cette fois ci je suis accompagnée par le futur père, et quel accompagnement…

2.  Naissance de Samuel Udo Jonathan, le 5 mars 2005 à 8h16

(Mai 2006)

Je suis sur le point d’accoucher de mon troisème enfant au moment où j’écris ces lignes, dans le but de laisser une trace de la naissance de mon fils Samuel, qui a presque 15 mois maintenant. Dès le début je dis à Walter, mon amour, mon désir d’accoucher à la maison avec une sage-femme, dans l’eau. Walter et moi nous nous connaissons encore très peu, j’ai un peu peur de rencontrer une résistance forte chez lui, d’autant plus que c’est son premier enfant. Mais finalement c’est lui qui devient une véritable locomotive, lisant (dévorant plutôt !) les livres de Michel Odent en allemand, et d’autres sources malheureusement indisponibles en français.

Nous sentons tous les deux très vite que c’est un garçon qui arrive, vers 6 semaines de grossesse, et l’enfant nous donne également son prénom, au même moment. Plus tard il donnera même sa date de naissance à son père, qui, contre toute attente, s’avèrera juste.

Les deux premières visites médicales se font chez une généraliste à qui j’explique naïvement notre désir d’accouchement à la maison, et notre recherche - difficile ! - d’une sage-femme les pratiquant. Las ! Elle me fait aussitôt la liste de toutes les catastrophes possibles qui pourraient m’arriver à moi et à mon bébé… Heureusement que je suis sûre de moi !

Bon, maintenant, trouver une sage-femme… Ça, ce n’est pas gagné !

On en trouve finalement une, M., à presque deux heures de voiture de chez nous. Un premier rendez vous avec elle, vers 5 mois de grossesse, nous laisse dans le doute. Elle est elle-même enceinte, son accouchement étant prévu environ deux mois après le mien, elle trouve que nous habitons trop loin, et nous prévient que si sa grossesse la fatigue beaucoup elle n’hésitera pas à arrêter de travailler très tôt… Mais c’est elle que nous voulons !

Nous sommes aussi un peu choqués par le coût d’un accouchement à domicile, dans les 2000 euros tout compris, avec un malheureux forfait de 300 et quelques euros de la CPAM… On imaginait naïvement que la Sécu couvrait les frais de la sage-femme. Mais, si j’accouche à l’hôpital, combien je coûte à la Sécu ?

Tout en continuant de voir M., on cherche déjà d’autres voies possibles. À Oloron Sainte Marie, dans le 64, des accouchements aquatiques se pratiquent. Bon, c’est un peu loin, mais un rendez vous est pris.

Entretemps, en visite dans une ferme biodynamique pour acheter du fromage, je repère une sorte de bac rectangulaire en plastique bleu, environ 3 ou 4 fois le volume d’une baignoire classique, une ancienne cuve à lait en fait… Je dis à Walter : “Tu vois le bac là-bas ?” en faisant un petit sourire… Oui, c’est juste la bonne taille pour accoucher. La propriétaire est d’accord pour nous le prêter. Oui, je sais, on peut aussi accoucher sans eau… Mais moi je suis un peu “accro” à l’élément liquide, et ça m’a plutôt bien réussi.

Alors nous rencontrons l’obstétricienne d’Oloron. Le contact est bon, elle nous dira en parlant de leur travail : “Nous, nous sommes comme les ours des Pyrénés, en voie de disparition !”

Ils essaient au maximum de respecter la physiologie de l’accouchement, et une baignoire (vraiment trop petite !) installée dans une petite pièce entièrement démédicalisée, accueille les femmes qui souhaitent y accoucher.

Nous, gonflés, on lui demande si on peut amener notre bac à lait, arguant que leur baignoire est vraiment trop petite. Là elle gagne définitivement notre sympathie en répondant : “Bon, si on peut le vider et le nettoyer convenablement, pourquoi pas ?” Ok, on se dit que cet endroit, sans être parfait, est un lieu de repli acceptable.

Mais nous continuons notre tour du Sud-Ouest. Notre prochaine étape est Arcachon. Là aussi la baignoire est ridiculement petite, mais le matériel (ballon, siège d’accouchement, écharpe pour se suspendre) est vraiment chouette. Le rendez-vous avec l’obstétricienne est franchement déprimant, elle est très calme, mais très axée sur “les risques”, et elle fait la gueule quand elle s’apercoit qu’on a zappé la première échographie : “Oui, vous comprenez, les risques de trisomie 21 etc. Bla bla bla bla.” Nous avons de toutes manières décidé de ne pas faire d’échographie précoce. Pour moi les 3–4 premiers mois sont vraiment les plus délicats et je refuse de déranger (ou faire mal à ?) mon bébé pendant cette période.

Elle veut me faire faire un test d’hyperglycémie provoqué, un truc très nul et très dégueulasse qui consiste à avaler un grand verre de glucose pur, à jeûn bien sûr ! (Bon, moi je suis encore plus nulle car je l’ai fait, mais c’était la première et dernière fois !) Bien sûr, elle me trouve anémique et me prescrit un supplément de fer (que je n’ai pas pris ! Merci Michel Odent…)

Au bout de quelques minutes on se regarde, Walter et moi, on sait déjà tous les deux que cet endroit n’est pas pour nous. En partant on visite la salle avec la fameuse baignoire, accompagnés par une adorable sage-femme. Elle nous dira son désarroi devant tout ce matériel “alternatif” car, dit-elle, on ne lui a pas appris à s’en servir. Elle nous dira également que, après 3 ans dans un service hospitalier classique, elle est arrivée à Arcachon sans jamais avoir assisté un accouchement sans péridurale !

On rencontre une deuxième fois M. qui accepte finalement de nous suivre en nous imposant deux conditions : s’abstenir (pour moi !) de tous les produits laitiers pendant les deux derniers mois de la grossesse, pour prévenir les déchirures du périnée, et visionner avec elle une vidéo sur la naissance d’un bébé mort-né. C’est ok pour nous.

On décide de faire la deuxième échographie, la morphologique. Hélas, on atterrit à P. (sur la recommandation de M., hum, ce n’était pas un conseil à suivre !) dans une véritable usine, on met plus d’une demi-heure pour trouver le bon service, et là on se retrouve devant une secrétaire sinistre qui me confisque purement et simplement mon dossier médical. Il paraît que c’est le médecin qui le récupère avant de nous rejoindre… J’ai d’un seul coup l’impression d’être une mineure prise en faute par son maître d’école… Ça commence mal ! Elle nous demande si nous allons accoucher ici. Moi : “Ben, heu, c’est à dire…” Walter : “AH AH AH ! certainement pas !”

On a quand même réussi à la faire sourire… Si, si, un peu.

Dans la salle d’attente un troupeau de parents ou futurs parents neurasthéniques, tout ce petit monde fait la gueule comme à un enterrement. Nous, on se marre et on attire des regards crispés de part et d’autres… Enfin, on rigole un peu moins quand notre attente se prolonge dans un autre couloir. Seuls sur un banc, nous assistons au ballet peu artistique de plusieurs médecins pratiquant les échographies. Ils font encore plus la gueule que les parents sus-mentionnés et dégagent un taux d’adrénaline insuportable. À chacun on se dit : “Tu crois que c’est celui là ?“ - “Non, trop sinistre pour nous !“

Enfin c’est pour nous, une femme, probablement la moins stressée du service, très en retard à cause de 2 ou 3 césariennes depuis ce matin.

On s’installe, un autre médecin très grossier entre et ressort sans frapper à la porte ni dire bonjour… C’est un désastre, je dégage mon ventre, elle commence l’examen, et aussitôt LA question : ”Vous allez accoucher ici n’est-ce pas ?“ Walter commence à lui expliquer notre projet, tout le monde se désintéresse de l’écran, moi je réclame qu’on discute après l’examen, surtout que je sens déjà la tension qui monte entre cette femme et nous. Je tremble d’émotion en voyant mon fils sur cet écran gris, il bouge bien, et on voit bien que, effectivement, c’est un petit garçon.

Ensuite, c’est une véritable corrida qui commence. Elle se tourne vers Walter, assez agressive, et dit : “Monsieur, qu’est ce que vous voulez pour votre femme et votre enfant ? La sécurité, n’est-ce pas ?“ Suivra tout un discours très infantilisant et agité, dommage que je ne l’aie pas écrit tout de suite car j’ai oublié beaucoup de choses. À la fin elle dira : “Mais, au moins venez rencontrer nos sages-femmes, vous pouvez faire la préparation avec elles, vous verrez les positions d’accouchement que vous pourrez prendre. Vous savez, vous pourrez vous mettre accroupie, ou à quatre pattes. Bien sûr, l’eau ce n’est pas possible, mais tout le reste fait ici est tellement bien. Hein, Monsieur, faites-nous confiance pour nous occuper de votre femme, laissez-nous faire, et tout ira bien… Bla bla bla.”

On remarquera d’ailleurs qu’elle s’adresse presque exclusivement à Walter, comme si… Ben comme si une femme enceinte n’étais même pas un interlocuteur valable ! Elle, au bord de la crise de nerfs, je me suis demandée si elle n’allait pas se mettre à genoux pour nous supplier de revenir chez elle. Elle était tellement agitée, en sortant j’ai dis à Walter : “À ton avis, combien de litres de café par jour ?” - “Hum, à ce stade là ce serait plutôt de la cocaïne !” Et en plus ils ont résisté pour nous rendre le dossier médical ! Une fois dans notre voiture, sur le parking, il nous a fallu pas loin d’une heure pour nous rassembler et retrouver notre calme. Ça, c’est sûr, on ne remettra jamais les pieds dans cet endroit.

Le terme est prévu le 16 mars. On est fin décembre. Je cherche à joindre M. depuis plusieurs jours… Bizarre. Elle nous annonce quelques jours plus tard qu’elle arrète son travail début février… Là, le ciel me tombe sur la tête ! Nous, on veut quand même la voir, même si elle ne vient plus pour mon accouchement. Au début elle refuse, puis finit par accepter.

Un jour je me dis : “Mon premier accouchement s’est parfaitement bien passé jusqu’à ce qu’un médecin me touche, et si on restait tous les deux seuls finalement ? Ou à la limite avec une personne proche ?” On rencontre donc M. une dernière fois, fin janvier. Elle se doute de nos intentions car elle donne à Walter un petit lacet pour nouer le cordon ombilical, et une foule de conseils au cas où… Bon, au cas où le bébé arriverait un peu vite, quoi, avant notre arrivée à la maternité. Aussi elle dit : “Surtout, personne ne coupe le cordon avant que le placenta ne soit délivré !“

Alors voila, après consultation des membres de la communauté dans laquelle je vis (Ah, en plus, elle vit dans une “communauté“ !), tout le monde étant ok, nous décidons que la première option est de rester tous les deux, dans la yourte où je vis ou dans la maison commune, avec le fameux bac à lait repeint pour l’occasion. La seconde option est la maternité d’Oloron, au cas où l’un de nous deux sentirait un problème surgir.

Début février nous allons à Oloron une nouvelle fois pour rencontrer l’autre obtétricien. C’est vraiment quelqu’un de bien, bien assis sur son siège au lieu d’être penché en avant pour nous prêcher la bonne parole… Ça fait du bien ! Il reste “chez lui“ et pas un instant ne cherche à nous manipuler ou à nous faire peur avec des masques de carnaval. Quand même, on n’a pas osé lui dire nos intentions !

Fin février, un lundi, dernière visite, toujours avec lui. Apres l’examen du col il écrit : “Très (trop !) bon pronostic“. Et, avec un sourire amusé, il nous conseille fortement de ne pas rentrer chez nous et de louer un gîte a proximité. Il va même nous fournir une liste de gîtes !

Nous, on rentre quand même, un peu grisés. On est très excités dans la voiture, et en même temps très légers, très… dans un autre monde !

Le bac à lait est encore dehors, dans la chambre occupée par moi pour l’occasion il y a alèse, thermomètre etc. pour l’accouchement. Mais… Il gèle à pierre fendre ! Tout le circuit d’eau est bloqué, donc pas d’eau chaude ni d’eau froide si j’accouche dans ma communauté !

En plus on se dispute violemment avec une des habitantes, et devant des contractions qui s’installent toutes les 10 minutes dans la soirée on décide de retourner à Oloron… Quelle journée !

Arrivés à minuit, une sage-femme assez calme m’examine, installe un monitoring… Plus de contractions ! Et, d’un seul coup, une immense tristesse m’envahit de me retrouver là, dans cette salle suréclairée, avec toutes ces machines.

Finalement on va se coucher. Et rester 4 jours dans cette maternité. L’après-midi et le soir quelques contractions, et puis plus rien, chaque jour le même scénario.

2.1  Mardi

J’ai mal dormi, se reposer dans un hôpital n’est vraiment pas évident ! Il y a toujours un bruit de porte, de voiture, de charriot dans le couloir. L’obstétricien passe dans la matinée, et une sage-femme que je ne connais pas… Elle est surexcitée, parle très vite et très fort, et ne se présente même pas en entrant. Je dis à mon bébé : “Tu attends au moins 20h00 pour naître, la prochaine sage-femme sera peut-être plus fréquentable“… Hélas, la suivante est encore pire car… alcoolique !

Alors, prise de tension, température, ce sont à peu près les seuls soins que j’accepte, à part quelques examens du col que je choisis d’accepter seulement quand j’en ressens le “besoin”. Les sages-femmes aimeraient bien me “monitorer“ un peu chaque jour, mais je refuse. Du coup la sage-femme la plus âgée, celle du premier examen, viendra avec un cornet en bois pour écouter le coeur du bébé… Eh oui, ça marche, ça me touche de la voir utiliser cet outil qu’elle ne doit plus utiliser depuis longtemps !

2.2  Mercredi

La relève est à 8h00, je suis impatiente de voir “qui” arrivera. Enfin, une divine surprise nous attend. La sage-femme qui arrive se présente, s’assoit calmement sur mon lit à côté de moi, s’inquiète de comment nous allons, au lieu de se jeter sur moi pour millimétrer l’état de mon col… Ça c’est vraiment agréable. Du coup elle reste un long moment à discuter avec nous, de tout, de Michel Odent pas mal (oui oui, je sais, je suis un peu “fixée” sur lui hein, mais je me soigne ! Le stage avec lui et Liliana Lammers m’a bien aidée aussi. Pas pour l’accouchement, pour le “lâcher“ un peu !), de ses études de sage-femme… Je m’aperçois d’un coup que c’est la seule personne de cet hôpital avec qui je peux m’imaginer accoucher, tout simplement parce que c’est la seule que je sens capable de ne “rien faire”. Je le lui dis, et lui demande de m’indiquer ses gardes pour les jours suivants, et je lui demande si elle pourrait venir pour mon accouchement même si elle n’est pas de garde. Là elle nous explique que cela fait seulement 15 jours qu’elle travaille ici, et que malheureusement elle habite vraiment trop loin pour revenir entre deux gardes. Je croise les doigts pour que le bébé ait la bonne idée d’arriver pendant une de ses gardes. Un peu plus tard, le service étant calme ce jour là, j’irai prendre un bain dans la baignoire d’accouchement (on a laissé notre bac à la maison, trop compliqué…) avec Walter et elle autour de moi, on discute, j’essaie des positions…

2.3  Jeudi

De nouveau la sage-femme surexcitée… encore plus énervée ! Elle : “Ben alors ! Vous n’avez toujours pas accouché vous ? Vous nous appelez, hein, si ça se remet a contracter ?! Je vois ça d’ici, que demain matin on vient vous voir, et le bébé est né !“ Moi : “Ne vous inquiétez pas, tout va bien.” Un comble !

Quand l’obstétricien passe, je prends mon courage pour lui demander si, carrément, on pourrait rester seuls Walter et moi dans la petite salle d’accouchement aquatique quand le bébé arrivera… Ouf ! j’ai osé demander le 100%, je suis étonnée de ma propre audace !

Il nous répondra que non, ils ne peuvent pas nous laisser totalement seuls, le minimum absolu c’est une sage-femme assise dans un coin et un monitoring intermittent. Bon, nous voila fixés, je suis contente de sa franchise et de la nôtre.

Nous, on se promène pendant les après-midis, on prend quelques photos de nous, il fait beau et froid, on ira manger une pizza le soir, en se disant qu’il faut profiter de ces derniers instants à deux, en amoureux (ma fille aînée vit avec son père à cette époque). En fin d’après-midi, en course dans un magasin bio, je suis assise dans un petit coin-livres, les contractions reviennent, un peu plus fortes, un peu plus regulières… Chouette, cette nuit c’est C. qui est de garde. Non, le bébé ce ne sera pas pour cette nuit, mais je passerai un long moment dans le bureau des sages-femmes avec C. et l’auxiliaire de puériculture de garde avec elle, qui a d’ailleurs mis au monde ses enfants avec M. ! Ça me fait du bien d’échanger avec elles, c’est léger, joyeux… Je vais me coucher très tard.

2.4  Vendredi

L’obstétricienne passe et nous annonce que l’hôpital ne pourra pas nous garder plus longtemps… Vu l’état du col, environ 4 cm, elle propose de rompre la poche des eaux pour mettre en route le travail… Nous refusons, bien sûr ! (Pourquoi pas ? Il faut lire le récit de naissance de ma fille aînée pour le savoir.)

Et nous voilà en train de ranger tout notre petit fouillis, de monter dans la voiture, on roule 500 mètres, Walter s’arrête… La question est : “Où allons-nous maintenant ?” Et là, il “voit” où il faut aller, dans le gîte de son patron, un endroit totalement isolé et calme, à 30 minutes environ de chez moi. On roule, on fait l’inventaire de tout ce qu’on doit récupérer chez moi, chez lui, le bac bleu pour accoucher, le hamac pour se suspendre, toutes les petites affaires de ma chambre, quelques courses encore… Voilà, on arrive au gîte, peut-être vers 19h00, encore faut-il expliquer à P. (une WWOOFeuse qui loge ici depuis quelque temps) qu’on lui a trouvé un autre logement… Ça se passe mal, elle réagit violement, moi je reste dans la voiture pendant que Walter l’aide à ranger toutes ses affaires. Ça dure longtemps, il fait très froid, je compte les contractions, les intervalles… Il me semble qu’elles sont plus efficaces et plus régulières que les autres soirs, je me sens comme dans un brouillard feutré, absente de ce monde.

P. s’en va, on range nos affaires dans le gîte, Walter installe le bac dans la salle de bains, le grand matelas 2m/2m dans la chambre, il faut monter le chauffage au maximum, j’ai très froid et je râle. En imaginant que, peut être, je voudrais me suspendre, Walter installe une sorte de hamac-siège dans le bac, accroché sur une grosse poutre. Mais la poutre est couverte de crottes de souris, qui, du coup, tombent dans le bac… Je pique une vraie crise en imaginant mon bébé dans une eau pleine de crottes de souris, et je réclame de Walter qu’il nettoie encore une fois le bac… On finit par se disputer très fort, j’ai trop chaud, puis trop froid, et Walter n’y comprend plus rien ! On finit par s’endormir, crevés !

Dans la nuit, 2 ou 3 contractions me réveillent à moitié, mais je me rendors aussitôt.

Je me réveille à 7h30, on se lève, Walter part faire chauffer une tisane… Moi, dès que je suis debout les contractions deviennent très fortes, je me mets accroupie en me tenant au bord du lit. Et je rappelle Walter en lui disant : “Euh, je crois qu’il faut renplir le bac, laisse tomber le petit déj’ !“ Il ouvre l’eau, c’est long pour se remplir, moi je ne sais plus comment me mettre tant la douleur est forte à présent. Je rentre dans le bac à moitié vide, avec de l’eau à 42 degrés. Heureusement, Samuel a encore attendu… 20 minutes pour naître !

Je suis dans l’eau, Walter en face de moi, tout nu car pas le temps de s’habiller ! J’essaie de m’accrocher au hamac, mais ça ne va pas. Je commence à crier très fort à chaque contraction, je suis accroupie, les deux mains accrochées au bord du bac, je ne peux plus bouger d’un millimètre. J’ai voulu contrôler mon col, à ce moment je sens la tête qui est bien engagée, avec la poche des eaux toujours intacte devant… Mais moi, j’ai cru que la tête du bébé était derrière la muqueuse de mon vagin, et que donc en poussant j’allais me déchirer complètement ! Je panique totalement, je hurle que le bébé n’est pas placé comme il faut, j’ai peur de mourir… Contraction suivante, longue, la tête sort, la poche se rompt en même temps. Contraction suivante, le reste du corps suit, c’est Walter qui l’attrape et déroule le cordon de son cou, puis le pose sur ma poitrine. On voit tout de suite qu’il va bien, il est un peu bleu mais se met à respirer et pousse quelques petits cris tout de suite. Il est 8h16, soit 46 minutes après notre réveil ! Je le mets au sein, il tète fort en faisant un drôle de bruit de porte qui grince ! Il fera ça pendant presque tout l’allaitement (9 mois) et les tétées vont me faire souffrir tout ce temps. Même les animatrices de La Leche League ne pourront rien pour nous.

Je reste un long moment dans l’eau, Samuel tète et je n’ai pas envie de sortir, mais bientôt le souci de faire sortir le placenta arrive. (Pourquoi un “souci“, hein ? Aujourd’hui je me demande bien pourquoi on s’angoisse tant pour le placenta, un jour ou l’autre il va sortir non ? !)

M. nous avait bien dit de ne pas couper le cordon tant que le placenta n’était pas sorti. Alors je sors de l’eau, avec le bébé toujours attaché à mon ventre, ce n’est pas facile. Je m’assois sur un seau mais le placenta ne sort toujours pas. Walter téléphone à M., elle explique comment pousser pour le faire sortir, mais ça ne marche pas. Ça fait presque 2 heures que Samuel est né, l’inquiétude pousse Walter à téléphoner à un médecin… Mais juste au moment où il prend le téléphone dans ses mains le placenta sort enfin ! Tant mieux, je n’avais pas du tout envie qu’un médecin s’occupe de la délivrance !

Ensuite Walter a coupé le cordon, avec un opinel en inox (ça ne rouille pas, c’est très efficace !) Avant, il avait ligaturé le cordon avec le petit lacet donné par M. Elle nous avait également conseillé d’appeller un médecin après la naissance, pour le fameux certificat de naissance, que l’on croyait, encore à l’époque, obligatoire.

Le premier médecin, généraliste homéopathe, refuse absolument de venir ! Le second, une femme… refuse également ! Il a fallu que Walter aille à son cabinet, à 3 km (et donc qu’il me laisse seule !) pour insister, et finalement qu’elle accepte de venir. Elle est très stressée, n’enlève même pas son manteau, écoute vaguement le coeur de Samuel, constate une déchirure vaginale sur moi (ne propose même pas de la recoudre d’ailleurs) et nous demande à nous si le placenta est complet ! Elle refuse de faire le certificat de naissance, arguant qu’elle n’était pas présente au moment de l’accouchement, et commence le refrain - bien connu maintenant - sur les risques hémorragiques pour moi dans les prochaines 24 heures.

Elle veut absolument que nous allions à l’hôpital, essaie de convaincre Walter, elle s’enferme dans son délire, ça devient ridicule et pathétique. Avant de partir elle réclame une décharge, si je crève la nuit prochaine elle ne veut pas être responsable… (Oui, je sais maintenant qu’une décharge n’a aucune valeur légale dans cette situation.) On lui fait bien volontiers, sa décharge, moi maintenant je veux juste qu’elle parte vite.

Et voilà, elle est partie, elle n’a pas vu le Merveilleux qui est venu frapper à sa porte ce matin du 5 mars 2005, le pire aveugle n’est pas celui qu’on croit.

Elle nous a également dit que le test de dépistage des maladies génétiques était obligatoire. Mais non, encore une fois, c’est fortement conseillé, mais pas obligatoire, nous allons l’apprendre plus tard. Nous nous apercevons petit à petit que pour être VRAIMENT informé il faut faire un boulot personnel énorme, des recherches, des lectures, car même (et surtout !) les soi-disant professionnels sont complètement ignares !

Trois jours après, à la mairie pour déclarer notre fils, c’est une véritable bataille car, bien sûr, sans certificat médical on nous refuse. La secrétaire téléphone jusqu’à Toulouse, où on lui dit encore que le certificat médical est obligatoire… Argl ! Et alors, si un enfant naît, comme ça quoi, juste “normalement”, ben oui, lui il ne savait pas que c’etait tellement dangereux de naître sans attendre - le Samu, les pompiers, la sage-femme, l’obstétricien, ou la doula… Ce malheureux inconscient, il n’existe pas, alors ?

Enfin, l’acte est rédigé, sur la déclaration du père. C’est sûr, elles ne sont pas prêtes de nous oublier, les secrétaires de mairie !

Je veux aller à Oloron pour le test génétique. On a décidé de le faire à cause des antécédents familiaux de Walter, son neveu est atteint de PKU. Pour moi, c’est C. qui doit le faire. Alors on refait la route mardi soir, on sait qu’elle est de garde. On arrive un peu avant son heure de garde, on attend sur le parking, Samuel a voyagé tout nu sous ma chemise, contre ma peau.

Quand elle arrive, on baisse la fenêtre de la voiture et on l’appelle. Elle s’approche, il fait nuit et froid, et là elle entend les petits vagissements de Samuel… Elle s’émerveille et s’étonne, comme une petite fille découvrant une portée de chatons dans la paille. C’est vraiment génial, elle est aussi heureuse que nous, et pas une seconde elle ne songera à jouer au père fouettard donneur de lecons.

Nous on voudrait bien dormir là ce soir, mais l’obstétricien refuse notre admission. Devant notre désarroi il change d’avis et note “suites de couches pathologiques“ pour justifier notre admission. L’auxiliaire de puériculture arrive avec C. pour prendre Samuel, mais je refuse de lui donner mon fils, je réclame de l’accompagner, ainsi que Walter, et je veux que ce soit C. qui pratique l’examen. L’auxiliaire de puériculture est très vexée et fait des remarques désagréables sur ce bébé qui voyage tout nu. On prévient Samuel de la piqûre qu’il va recevoir au pied, que ça va lui faire mal, et qu’on va l’accompagner aussi longtemps qu’il aura besoin de pleurer après. C. est très douce avec lui, très lente aussi, elle nous dit que si on veut les gouttes de sang très rapidement on fait beaucoup plus mal au bébé… Mais ça lui fait quand même rudement mal !

On passe la nuit là et le matin on attend la pédiatre avant de partir. Elle fait l’examen des 8 jours, c’est aussi une “alternative“ qui travaille à l’intérieur du “monstre“ ! Elle est très tranquille, détendue, et commence à nous raconter (après avoir discrètement fermé la porte…) comment, jeune médecin, elle accompagnait des accouchements à domicile !

2.5  Épilogue

La déchirure que j’ai eue m’a fait souffrir pendant des mois. Aurait-il fallu recoudre ? Ou/et mettre de l’argile ? Bêtement je n’y ai même pas songé. Et pourquoi ai-je déchiré ? La position me paraît bonne, accroupie, mais la poussée était d’une telle violence que le conseil donné de ne plus pousser au moment de la sortie de la tête était impossible à suivre !

Avec le recul on s’est apercu que ces 4 jours passés à l’hôpital nous ont fait beaucoup de bien, ce temps hors de chez nous, sans contraintes, sans téléphone, sans vie quotidienne à gérer, nous a permis de nous déconnecter complètement de nos soucis et de notre intellect, un peu comme pendant une retraite spirituelle finalement.

Je suis ravie d’avoir pu offrir a mon fils une arrivée sur terre aussi paisible, personne pour nous embêter, personne ne lui a aspiré l’estomac ni mis d’antiseptique dans les yeux, personne ne l’a fait souffrir en voulant le mesurer dès la naissance et en l’aveuglant de lumières brutales. Oui, pendant quelques jours on a entendu quelques mucosités dans sa gorge, mais est ce si grave ?

3.  Naissance de Mélissa Sophia Myriam, le 28 mai 2006, 01h58

(Août 2006)

Et de trois ! Me voilà maman de 3 enfants…

Après la naissance de Samuel mes règles sont revenues très vite (3 mois) malgré un allaitement exclusif. Moi, je réclame une pause de deux ans avant de concevoir mon troisième enfant, mais voilà… La surprise est là (enfin, c’est pas l’Immaculée conception non plus hein !) : aux 6 mois de Samuel je suis dejà enceinte. Je ne suis pas franchement ravie, ça me stresse beaucoup, j’ai très peur d’affronter cette grossesse avec tant de fatigue accumulée, Samuel étant très agité la nuit.

Au début je n’ai aucun contact avec ce bébé, alors que Walter reçoit tout de suite (9 jours de grossesse) le message qu’elle est une fille et s’appelle Mélissa. Elle lui dit : “Je veux vivre ! Je veux vivre !” Et je crois qu’elle s’est vraiment “bagarrée” pour rester, mon allaitement ne lui facilitant pas la tâche ; un premier test urinaire est négatif, les signes physiques de grossesse, bien présents, disparaissent, puis reviennent quelques jours plus tard. J’ai l’impression que c’est une sorte de “guerre” entre les hormones responsables de l’allaitement et donc de la survie du bébé déjà né, et les hormones responsables du retour de couches et permettant la nidation d’un nouveau bébé. D’ailleurs, quand mes règles sont revenues, mon allaitement a été très nettement perturbé, et Samuel n’était plus nourri “comme il faut“.

On décide de passer l’hiver au Brésil. Du coup je me pose la question de faire une échographie avant de partir. Je prends rendez-vous, mais la veille je suis touchée au coeur par la fragilité du petit être que je porte (2 mois de grossesse). Je sens qu’elle va souffrir de cette écho précoce, j’annule.

Entretemps on a trouvé un médecin généraliste super juste à côté de chez nous, c’est lui que je vais voir pour la déclaration de grossesse. Il me dit : “Bon, vous connaissez votre corps, oui, et vous me dites que vous êtes enceinte. Alors, je vous remplis ces papiers bien volontiers”.

Et c’est tout ! Pas de TV, pas d’examens d’urine ou de sang, rien ! Moi qui avais juste fait un test urinaire vendu en pharmacie… Au cas où ! On lui a raconté l’histoire de la naissance de Samuel, c’était bien, il était touché, il nous a dit qu’on avait bien raison, et puis qu’il fallait bien accepter de prendre des risques dans la vie…

Alors, on part au Brésil début novembre, et je rentre en France le 15 février, toujours sans examen d’aucune sorte. Au Brésil j’ai eu le désir de faire l’échographie morphologique, j’ai cherché un obstétricien de langue francaise… que j’ai trouvé ! Mais je me suis rendue compte que je ne savais pas vraiment pourquoi je voulais cet examen, je voulais le faire… juste parce que, normalement, en France, on fait cet examen-là, à ce moment-là de la grossesse. Mais moi, perso, je n’avais finalement aucune raison de le faire . Walter, lui, me regardait un peu en rigolant, peut-être qu’il attendait juste que je me rende compte moi-même de ce que lui avait déjà réalisé depuis un bon moment ! Alors, exit l’écho morpho.

De retour en France on ne cherche même pas une sage-femme, on sait qu’il n’y en a pas. Et, ravis de notre expérience d’accouchement libre nous prévoyons aussi de rester à la maison.

Début Avril on va à Oloron pour faire une échographie, la seule raison pour nous étant d’éliminer l’hypothèse d’un placenta praevia. L’obstétricien commence l’examen, et au bout de 5 minutes la petite balance un énorme coup de pied dans le capteur ; manifestement elle n’apprécie pas/plus. Mais le médecin, sensible et bien présent, le réalise tout de suite et arrête l’examen. Il me demande si je souhaite un examen du col, je dis oui, ainsi qu’une prise de sang et une analyse d’urine. C’est le seul TV de cette grossesse. Et la seule prise de sang aussi… loupée ! Un bel hématome sur mon bras… Arggl ! Je crois bien que si jamais il m’est donné encore une grossesse personne ne me piquera le bras ou ailleurs !

On cherche à organiser la garde de Samuel pendant l’accouchement… Ce n’est pas simple, les filles que je souhaite (des vraies doulas !) ne sont pas disponibles, finalement c’est la belle-soeur de Walter, Petra, qui va passer 15 jours chez nous. Il part 8 jours en Allemagne pour voir sa famille et la ramener chez nous. Mon terme est le 3 juin, la petite a indiqué à son père : “Soyez préparés pour le 20 mai“. La semaine où je suis seule avec Samuel est géniale, le contact avec lui est exceptionnel. Vers mes 5 mois de grossesse il a totalement arrêté de boire au sein, manifestement dégoûté par le goût !

Pendant cette semaine je développe un peu d’oedème, inquiète en souvenir de la pré-éclampsie de ma première grossesse je réclame une analyse d’urine et une prise de ma tension au médecin qui s’est occupé de la déclaration de grossesse. Mais tout est normal.

Il sait que nous projetons d’accoucher seuls, mais il stresse un peu en imaginant que, peut-être, on va l’appeler au moment de l’accouchement. Il me dit : “Vous savez, moi, je ne sais pas faire les accouchements hein !“ Moi : “Mais docteur, vous avez des enfants, et vous étiez présent pour leur naissance ?“ - “Oui, j’étais présent pour les faire, et présent pour leur naissance, mais je ne sais pas faire d’accouchement.” Moi : “Ne vous inquiétez pas, moi, je sais accoucher, et en plus, on n’a pas l’intention de vous appeler pour la naissance.“

Walter arrive le 15 mai avec Petra. C’est difficile entre nous depuis le retour du Brésil (retour voulu par moi mais pas par lui) et je me sens très seule. La tension va monter un peu plus chaque jour, jusqu’au soir du 19 où une violente dispute va assainir l’atmosphère… Du coup, les contractions commencent, tout doucement, leur travail le lendemain, le 20.

Chaque jour quelques contractions, mais rien de vraiment sérieux.

Petra s’occupe beaucoup de Samuel, je peux me reposer plus. Pour elle c’est un véritable stage intensif chez nous, elle qui a accouché il y a 12 ans… par césarienne programmée ! Pour raisons… Pas de raisons valables ! “Gros bébé… Et puis, vous comprenez, si on doit pratiquer une césarienne d’urgence, vous serez totalement endormie, et vous ne pourrez pas allaiter votre fils…” Grrrrr ! Ça me donne des fantasmes de meurtre !

Je commence à m’inquiéter de la date de retour de Petra… Le samedi 27 mai, en avion. Et la date du 27 approchant, approchant, et moi qui n’accouche toujours pas ! Entretemps, on a récupéré, nettoyé (les filles de la propriétaire ayant organisé un élevage de grenouilles dedans !) et installé le fameux bac à lait dans la salle de bain, avec l’aide… du maire du village !

Un jour, en touchant mon ventre, je me dis : “Ça, c’est bizarre, j’ai bien l’impression qu’il a la tête en haut ce bébé…” Petite montée d’angoisse, discussion avec Walter. Enfin, on se dit que les pieds devant ça ne doit pas être tellement plus compliqué pour naître, et même plutôt plus facile ! Et puis… Et puis la sérénité et la confiance dans notre fille l’emporte.

Un voisin nous demande où je vais accoucher. Après lui avoir répondu il dira : “Ben oui, c’est logique, l’hôpital est fait pour les gens malades, et vous, vous n’êtes pas malade !”

Cela reflète exactement la position que j’ai aujourd’hui : une femme enceinte n’a, en principe, rien à foutre dans un hôpital… Sauf les rares cas, réels et sérieux où cela se justifie : vrai placenta praevia, (je rappelle ici qu’un diagnostic sérieux de placenta praevia ne peut être posé avant la 37e semaine de grossesse. Il me semble que c’est Liliana Lammers qui expliquait ça très bien avec un ballon. Vous gonflez le ballon à la moitié de sa capacité, et donnez un coup de feutre tout en bas, vers l’ouverture. Ensuite vous gonflez le ballon à fond, le coup de feutre est remonté… comme le placenta !), bébé en travers, etc. et sûrement d’autres cas que je ne connais pas.

Walter servant tout en même temps de mari, de sage-femme, de doula, de père-de-mon-fils, d’ami, la situation n’est pas franchement facile pour lui, et donc aussi pour moi. Les derniers jours je le colle comme un sparadrap, au point même que j’ai du mal à le laisser aller aux toilettes !

Et moi qui commence même à me sentir vaguement coupable de n’avoir toujours pas accouché… C’est vrai ça, Petra qui organise sa vie pour libérer 15 jours pour nous, nous qui avons prévu de la payer un peu, tout le travail émotionel qu’elle réalise ici… Et moi qui n’accouche toujours pas ! Il faut préciser que l’on a arrêté ces dates là car j’accouche toujours 15 jours avant terme !

On finit par entrevoir que, peut être, Mélissa attend bien tranquillement que l’on soit seuls, en famille, pour naître. Et effectivement, le matin du 27 je n’ai toujours pas accouché. Walter emmène Petra à l’aéroport et les contractions s’installent vraiment dans l’après-midi même.

Le soir, vers 21h00, assise en tailleur sur le canapé du salon, la position devient franchement désagréable. Je lis à Walter le passage d’un livre où une mère (et sage-femme) accompagne l’accouchement de sa fille. Elle est tellement délicate, sensible, respectueuse, cela nous fait pleurer. Enfin, surtout Walter, moi je commence à être un peu “partie”. On monte à l’étage vers 22h00, on remplit le bac avec l’eau et puis cette fois on met du gros sel de mer dans l’eau, environ 9 g/litre. Walter allume deux bougies, fait une photo, moi je suis tranquillement assise dans l’eau. On a préparé l’opinel en inox, un lacet de chaussure neuf pour le cordon, un réveil bien à l’heure pour noter l’heure de la naissance. Les contractions sont beaucoup moins fréquentes et moins fortes maintenant. Je suis fatiguée (Samuel avait eu la bonne idée de me laisser dormir ma nuit avant d’arriver !) et décide d’aller au lit.

Je ne dors pas vraiment, les contractions sont redevenues plus fortes hors de l’eau, mais je me repose quand même un peu. Vers minuit je réveille Walter et je retourne dans l’eau. Cette fois les choses “sérieuses” commencent, je gémis de plus en plus fort à chaque contraction, je suis à genoux, une serviette pliée au bord du bac pour poser mon front.

Je ne supporte ni la serviette que Walter a essayé de me mettre sur les épaules, ni le contact de sa main sur mon dos, juste sa main que je serre.

Hélas, le lit de Samuel est juste derrière le mur de la salle de bain, et je le réveille avec mes cris. Walter sort pour aller le rassurer et lui parler dans sa chambre, mais moi je panique complètement en le voyant sortir de la salle de bain… J’ai l’impression qu’il ne va jamais revenir et que je vais mourir là, toute seule ! (Oui oui, le bébé arrive ça c’est sûr !)

Il revient près de moi, après avoir tiré le lit de Samuel dans le couloir en face de la porte de la salle de bain, comme ça il pouvait nous voir… Mais qu’est ce qu’il avait peur le pauvre !

Moi je crie de plus en plus fort, la douleur est terrible maintenant. Quelques minutes avant la naissance les contractions changent de style, et “ça pousse“ tout seul, comme pour mes deux autres accouchements, je ne sais pas ce que c’est qu’une “poussée volontaire“.

Walter est entré dans le bac, derrière moi. Je fais caca dans l’eau, comme d’ailleurs pour mes deux autres accouchements… Oups, la pudeur en prend un coup dans une situation pareille !

Walter a posé une main sur ma vulve, ce qui a évité, je pense, une nouvelle déchirure.

Trois contractions pour amener la tête de ma fille derrière la vulve, et une seule contraction pour sortir tout le corps, tête comprise ! Encore une fois, coiffée ! Il est 1h58 du matin, jour de la fête des mères !

Je me retourne en passant ma jambe par dessus le cordon, et Walter me la pose sur la poitrine. Le cordon est beaucoup plus court que celui de Samuel, et je peux à peine la monter au niveau des seins, ou il faut que je me penche en avant. Walter est allé chercher Samuel tout de suite. On a de très belles photos de ce petit bout de 15 mois, une main sur mon épaule et une main touchant l’eau… Quand je vois cette photo maintenant ça me donne la chair de poule !

Mélissa a une couche de vernix sur le dos et les cheveux qui est très importante, je n’avais jamais vu ça. Et pourtant en 24 heures tout est absorbé par la peau !

Walter, inquiet du placenta, m’encourage à allaiter Mélissa dans l’eau. Moi j’essaie un peu, surtout pour lui faire plaisir en fait, mais je me sens de plus en plus mal à l’aise dans l’eau et réclame de sortir. Il insiste encore pour que j’allaite dans l’eau, mais je ne supporte vraiment plus d’être dans l’eau. Je me lève et sors du bac en portant Melissa contre mon ventre, je m’assois sur un seau, et là, après avoir couvert le dos de la petite avec une serviette j’essaie de la faire téter.

Bon, finalement le placenta sort très vite et très facilement, beaucoup plus vite que pour Samuel où j’étais restée plus d’une heure dans l’eau. Alors Walter a pris la petite dans ses bras, et c’est moi cette fois qui ai coupé le cordon, pour la première fois, après avoir fait un noeud avec le lacet.

Bonne surprise, à part une petite éraillure qui va piquer pendant 2 ou 3 jours, je n’ai pas déchiré cette fois. Peut-être grace à la main de Walter venue “contrôler” la sortie de la tête ?

On s’est mis au lit tous les… quatre ! Mais Samuel était tout excité, finalement on l’a remis dans son lit et il s’est rendormi vers 4h00 ou 5h00 du matin.

On a décidé de ne pas faire le test de dépistage des maladies génétiques cette fois. On suit notre intuition jusqu’au bout, et elle nous dit que cette enfant va bien. En plus, on a appris qu’en cas de PKU (antécédent familial) très vite les selles et tout le corps de l’enfant deviennent spécialement puants, acides, et qu’ainsi on peut suspecter la maladie et choisir à ce moment-là de pratiquer le test de dépistage. Et puis je laisse aussi tomber le Tea Tree que j’avais appliqué sur le cordon de Samuel, ça sent fort et sûrement ça dérange le bébé. Cette fois je mets juste un peu d’argile verte en poudre, le nombril réagit super bien, le cordon tombe plus vite, ça pue moins… Tout roule !

Six jours après on va voir le médecin généraliste sus-mentionné pour l’examen des 8 jours. Il est maladroit, on voit bien qu’il n’a pas l’habitude. Entretemps on a coupé le cordon beaucoup plus court, après le noeud du lacet. Il flippe en voyant ça : “Mais, comment le cordon va tomber, sans noeud, ça ne va pas ! Et puis ça pue, il faut désinfecter !“

Ah là là… Le lendemain le cordon est tombé. Eh oui, ça pue, mais sans aucun “désinfectant” le nombril s’est parfaitement cicatrisé… Non, le bébé n’a pas pourri en même temps que son cordon !

Ah, j’allais oublier… ”Mardi matin, l’Empereur, sa femme et le petit prince, sont venus…”

Ben, nous, mardi matin on s’est retrouvés à la mairie de notre village pour déclarer la naissance de Mélissa, en pantoufles car la mairie est à 20 mètres de notre maison. Hélas, ce n’est pas la même mairie que l’année dernière, et donc la même comédie recommence concernant le-papier-que-le-médecin-doit-écrire-quand-il-a-emmerdé/assisté/violenté/accompagné/manipulé/laissé en paix/chouchouté (rayer la ou les mentions inutiles) -la-femme-qui-accouche.

Saint papier que, bien évidement, nous n’avons pas plus que l’année dernière. Avec un souci en plus cette année, car notre mairie n’est ouverte que le mardi matin et le vendredi après-midi, soit trop tard pour déclarer la naissance. J’ai bien commandé le livre juridique de Sophie Gamelin, mais je ne l’ai pas encore reçu.

Et la pauvre secrétaire de mairie qui radote que, non, elle ne peut pas taper l’acte sans le certificat médical. Finalement, à 11h45, Walter lui dit : “Écoutez, demain mercredi c’est le dernier jour légal pour déclarer la naissance de ma fille. Alors soit vous allez être obligée d’ouvrir la mairie spécialement pour nous demain, soit on va se retrouver devant le tribunal pour défaut de déclaration, et là on sera vraiment dans la merde !”

Elle n’a pas eu très envie d’être co-responsable d’un tel désastre, et à midi et quelques minutes l’acte était tapé.

3.1  Épilogue

De mes trois enfants Mélissa est celle avec laquelle j’ai eu le moins de contact pendant la grossesse. Et pourtant le lien qui est maintenant est… surnaturel ! L’allaitement est beaucoup plus facile, elle ne me fait pas mal, elle est très douce et délicate.

Pendant les jours qui ont suivi l’accouchement Walter a sombré complètement. Il était dans un très mauvais état, absent, dépressif. Pour moi c’était un vrai cauchemar car j’étais encore dans un état très vulnérable et trop “scotchée” à lui.

C’est seulement maintenant, presque deux mois après, que je le retrouve vraiment. Je pense maintenant que la multiplicité des rôles endossés par lui était trop lourde. Je ne crois pas que l’on ait besoin de quelqu’un pour l’accouchement lui-même, mais par contre une “accompagnante” durant la grossesse et après l’accouchement aurait peut-être permis à notre couple de mieux fonctionner, respirer, parler de nos angoisses, de nos doutes, au lieu de tout faire porter à l’autre. Moi je l’ai mal vécu, surtout avant l’accouchement, Walter surtout après.

Je souffre aussi beaucoup de la coupure qui a eu lieu entre Samuel et moi. C’est une illusion que de croire que l’on va conserver une proximité forte et son intuition concernant “le grand”. Une fois l’allaitement du nouveau-né mis en route, l’intuition et le sentiment se tournent très fortement vers le nouveau-né, en tout cas pour moi. Mais le fait que Samuel soit encore si petit (15 mois) rend ce phénomène certainement plus sensible… Ça me fait si mal, à chaque fois que je constate que je n’arrive plus à discerner ses besoins aussi précisement qu’avant.

Je me pose également une question : pourquoi être toujours si inquiet du fait que le bébé tète vite après la naissance pour stimuler la délivrance ? Et s’il n’y a pas de bébé pour téter (bébé mort) ? Ou si le bébé ne veut pas téter tout de suite ?

Enfin, quelques mots concernant les “contacts” que nous avons eu avec nos enfants avant leur naissance. J’ai un peu peur des réactions de moquerie ou de mépris de gens qui liront ces textes, car j’ai, malgré tout, l’intention de les rendre publics. À ces gens là, je voudrais dire, d’avance, que j’ai juste écrit ce que moi j’ai (et nous avons) vécu. Il n’y a pas de place pour “J’y crois“, ”J’y crois pas”. J’aimerais - peut être un peu naïvement - qu’ils puissent juste accepter que d’autres ont vécu quelque chose que, aujourd’hui, ils ne peuvent comprendre, et que, pour autant, ils ne me retirent pas leur respect.

Marie.


Mots-clés : amniotomie, dépistage , accouchement alternatif (dans l’eau, …) , déclenchement


3.2  Commentaires

novembre 5, 2007 7:53 par 82.250.223.211

wow ca fait bouger ca!!!! Bravo! Ginny SF auX USA et de retour au bresil sans doute tres bientot!!! na!

avril 20, 2008 1:15 par 88.160.161.12

Merci Marie pour ce beau partage ! L’accouchement est vraiment un histoire très personnelle. La femme est la seule à savoir ce dont elle a besoin. J’en suis convaincue ! Cécile

avril 6, 2009 12:48 par 86.166.168.68

C’est magnifique, vous avez rendu a la nature ce qui est a la nature, quel courage!